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Meeting d’interpellation et de dénonciation : Un avertissement avant d’envahir la rue le 16 septembre

La bourse du travail de Ouagadougou a grondé ce 31 août 2019. La situation nationale rythmée par les attaques terroristes à répétition, les engagements non respectés du gouvernement à l’égard des travailleurs, les pillages des ressources grossissent les rangs des mécontents. A l’occasion de ce meeting d’interpellation et de dénonciation, c’est un avertissement lancé pour que l’exécutif se penche sur une plateforme minimale citoyenne de 9 points. La prochaine étape, c’est une marche-meeting prévue le 16 septembre 2019.

« Non, non et non ! » aux pillages des ressources minières et foncières… « Vérité et Justice » pour Fahadou Cissé, Hama Balima…et pour toutes les victimes du pouvoir Compaoré. « Ça suffit », les assassinats de masse de Yirgou, les assassinats ciblés au Yagha, les exécutions sommaires à Kain… Le ton est donné avant le début effectif du meeting par le speaker qui se charge de « chauffer » le public. La mobilisation n’est pas celle des grands jours, mais se veut un avant-goût des luttes à venir.

La situation socio-économique au Burkina Faso reste marquée par l’aggravation de la misère caractérisée par la persistance de la vie chère, le chômage massif des jeunes les difficultés d’accès à l’éducation, aux soins de santé, au logement décent, la crise de l’eau et de l’électricité, ainsi que l’inaccessibilité des produits de premières nécessités, entonne le président de mois des centrales syndicales, Georges Yamba Koanda. « Un autre fait marquant, c’est la persistance de l’insécurité avec la poursuite des attaques terroristes qui ont causé et continuent de causer des centaines de morts parmi les FDS et les populations civiles », a-t-il poursuivi.

Après analyse de la situation, le président de mois des centrales syndicales note que les aspirations nourries par les populations et particulièrement les jeunes lors de l’insurrection populaire et la résistance au coup d’Etat attendent vainement d’être comblées. Les choses ne sont pas plus reluisantes dans le monde du travail.

-  le blocage de la révision du code du travail par le patronat qui rejette les propositions de l’UAS avec la « complicité » du gouvernement
-  les atteintes graves aux libertés démocratiques et syndicales,
-  les menaces, assassinats et exécutions sommaires,
-  la non-tenue depuis 2017 de la rencontre annuelle gouvernement-syndicats
-  le non-respect des engagements pris par le gouvernement,
-  et surtout le mépris du gouvernement à l’endroit des partenaires sociaux

Ce sont autant de plaies qui attendent d’être soignées. Et Georges Yamba Koanda de préciser que le gouvernement qui crie au dialogue social foule au pied le principe du respect de la parole donnée.

Justice pour Yigou !

Les tueries de Yirgou resteront-elles impunies ? En tout cas la justice traine les pas. Le secrétaire général du Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) a dénoncé les blocages militaro-politiques qui empêchent le dossier d’avancer. Ainsi soutient Dr Daouda Diallo, c’est seulement le 7 août, soit 7 mois et une semaine après le drame, que certains auteurs ont été arrêtés et incarcérés. « Seulement une dizaine de membres de cet escadron de la mort sur 180 suspects identifiés par la justice et dont des mandats d’arrêt ont été émis par le juge » ont été interpellés, regrette le secrétaire général du CISC. La justice est préalable à la cohésion sociale, a-t-il poursuivi.

Les exécutions se poursuivent dans la lutte contre le terrorisme, la stigmatisation aussi. La communauté peulh est inquiète. Pourtant les tentacules de l’hydre terroriste ne touchent pas une seule communauté. « Etre peulh aujourd’hui est devenu risqué au Burkina. Les terroristes les tuent parce qu’ils les suspectent de donner des informations aux FDS, les escadrons de la mort issus de certains koglweogo de Yirgou les tuent parce qu’ils suspectent certains des leurs de pactiser avec les terroristes. Pire, certains éléments des forces républicaines, de nos forces de défense et de sécurité, se laissent embarquer dans cet amalgame orchestré par l’ennemi », alerte Dr Diallo.

Balima Hama et Fahadou Cissé, des héros oubliés…

Le meeting de ce 31 août 2019 marquait le troisième mois de la disparition de Balima Hama et de Cissé Fahadou, dirigeants de l’Organisation démocratique des jeunes (ODJ) assassinés dans le Yagha. Leurs corps avaient été retrouvés criblés de balles, alors qu’ils se rendaient à une rencontre avec le haut-commissaire. Depuis, les parents des victimes et l’ODJ se battent pour une autopsie des corps.

Et pourtant, les deux militants avaient été faits héros nationaux par l’Etat burkinabè qui les a décorés pour leur bravoure durant l’insurrection populaire d’octobre 2014. « Est-ce donc ce sort qu’un Etat responsable devrait réserver à ses enfants, à ses héros… ? » se demandera Ouiry Sanou, secrétaire général de l’ODJ qui a livré le message central du meeting.

Revenant sur l’actualité, le secrétaire général note que « l’incompréhension et la colère montent au sein de notre peuple qui ne comprend pas la multiplication des attaques terroristes suivant le même mode opératoire sans que des mesures nécessaires pour les endiguer ne soient prises ».

Il a plaidé la cause des policiers, gendarmes et hommes de rang positionnés en première ligne de la lutte contre le terrorisme. Ce sont des enfants du peuple. Par conséquent, leurs souffrances sont celles du peuple qui ne saurait rester indifférent à leur sort et aux difficultés qu’ils rencontrent. « C’est pourquoi nous exigeons que des mesures appropriées soient prises pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail ».

Les exécutions sommaires, ciblées qui accompagnent la lutte contre le terrorisme montrent aujourd’hui toutes leurs limites, ont poursuivi les organisateurs de ce meeting. Elles traumatisent les populations dans les zones concernées au même titre que les attaques terroristes, pire, « certains de nos compatriotes ressentent un sentiment de stigmatisation ; ce qui constitue un danger pour l’unité nationale et porte les germes de guerre civile », a prévenu Ouiry Sanou.

Partant de ces constants, l’Unité d’action syndicale, les syndicats autonomes et les Organisations de la société civile ont proposé au peuple de s’organiser et de se battre à tous les niveaux autour de la plateforme citoyenne de 9 points.

1- « Vérité et justice sur tous les crimes de sang impunis dont les plus récents sont les assassinats des responsables de l’ODJ au Yagha, les tueries de Yirgou, Kain ainsi que pour toutes les victimes d’exactions et châtiment des commanditaires et exécutants, 
2- Arrêt des assassinats ciblés et de masse, identification et démantèlement des escadrons de la mort et éradication du terrorisme,

3- Garantie effective du droit du peuple à la sécurité et aux libertés démocratiques. Retrait des mesures liberticides prises sous le couvert de la lutte contre le terrorisme (nouveau code pénal, velléités de négation du droit de grève et de manifestation, etc.) qui remettent en cause les libertés conquises au prix de nombreux sacrifices consentis par le peuple, notamment pendant l’insurrection populaire d’octobre 2014 et la résistance au putsch de septembre 2015

4- Départ des bases et forces militaires étrangères du Burkina Faso 
5- Amélioration des conditions de vie et de travail des éléments des Forces de défense et de sécurité, (policiers, gendarmes, soldats de tous les corps militaires et paramilitaires)

6- Prise en charge adéquate des personnes déplacées internes et création des conditions de sécurité pour leur retour dans leurs villages et foyers. Réouverture des écoles et centre de santé fermés suite aux attaques terroristes. Prise en charge adéquate des familles des victimes du terrorisme et des blessés

7- Amélioration des conditions de vie des populations frappées par la vie chère, les effets du couvre-feu qui freinent les activités économiques et sociales dans les zones concernées 
8- Respect des engagements pris avec les syndicats, les organisations des travailleurs et des masses populaires en général ;
- tenue de la rencontre gouvernement syndicat avec traitement du préalable relatif à l’IUTS
- mise en œuvre des différents protocoles et engagements
- examens des plateformes des syndicats en lutte

9- Lutte contre le pillage des richesses nationales (deniers publics, ressources minières, foncières, et agricoles, plus-value extorquée aux ouvriers et aux paysans pauvres), la corruption et jugement de tous les dossiers de crimes économiques ».

Les organisateurs sont convaincus que la lutte contre le terrorisme, les exécutions sommaires et extrajudiciaires et pour la liberté doit être envisagée dans un cadre global. « Elle doit s’inscrire dans un mouvement unitaire d’actions de notre peuple pour son droit à la sécurité, pour la liberté, la souveraineté et pour le progrès économique et social véritable. Ne soyons pas des observateurs résignés ou des spectateurs froids face aux tueries et autres assassinats qui se commettent sous nos yeux (…) ».

Il faut honorer la longue histoire de luttes héroïques de notre peuple qui a toujours su faire face à l’adversité, puiser les enseignements nécessaires de cette tradition de luttes pour engager une vaste et puissante lutte pour le salut du peuple, a clamé Ouiry Sanou. 
Le prochain rendez-vous, c’est le 16 septembre 2019 à la place de la nation pour une marche-meeting.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net 

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